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Au cœur de Magnifica Humanitas, ce n’est pas d’abord l’intelligence artificielle qui préoccupe le pape Léon XIV, mais la dignité de la personne humaine. Parce que tout homme est voulu par Dieu et possède une valeur intrinsèque qui ne dépend ni de son utilité ni de ses capacités, le Saint-Père réaffirme que le droit à la vie doit être protégé de la conception jusqu’à la mort naturelle.
À première vue, Magnifica Humanitas apparaît comme une encyclique consacrée à l’intelligence artificielle ( IA) et aux défis technologiques du XXIe siècle. Pourtant, à mesure que l’on progresse dans sa lecture, la préoccupation centrale est bien la défense de la personne humaine. Pour Léon XIV, les bouleversements provoqués par les nouvelles technologies ne constituent pas le problème principal. Ils révèlent plutôt une question plus fondamentale : quelle valeur notre société accorde-t-elle encore à la vie humaine ?
Le pape s’inquiète en particulier d’une vision utilitariste de l’homme qui tend à mesurer la valeur d’une personne à son efficacité, à sa productivité ou à ses performances. Il met en garde contre une idéologie qui conduit progressivement à considérer certains êtres humains comme plus dignes que d’autres : « La personne finit par être réduite à un moyen d’obtenir des résultats, à une ressource à utiliser et à exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi » (Magnifica Humanitas, n° 51).
Cette analyse dépasse largement le cadre de l’intelligence artificielle. Elle touche directement aux grandes questions bioéthiques de notre époque. Car lorsqu’une société commence à juger la valeur d’un être humain à son autonomie, à sa santé ou à son utilité sociale, les plus fragiles deviennent les premiers menacés : les enfants à naître, les personnes handicapées, les malades dépendants ou encore les personnes âgées en fin de vie. Face à cette logique, Léon XIV rappelle un principe fondamental de l’anthropologie chrétienne : la dignité humaine ne dépend jamais des circonstances : « C’est la dignité qui appartient à tout être humain simplement du fait qu’il existe, qu’il a été voulu, créé et aimé par Dieu » (Magnifica Humanitas, n° 52).
Cette affirmation est au cœur de toute l’encyclique. La valeur d’une personne ne dépend ni de ses capacités physiques, ni de son état de santé, ni de son niveau d’autonomie.
« Aucun péché, aucun échec, aucune humiliation, aucune exclusion ne peut entamer la valeur profonde d’une vie humaine que Dieu a voulue et appelée à l’existence » (Magnifica Humanitas, n° 53). Et Léon XIV ajoute : « La dignité fondamentale de chaque personne ne s’acquiert pas et ne se mérite pas » (Magnifica Humanitas, n° 53). Cette précision est essentielle. Elle signifie que la dignité humaine est intrinsèque. Elle ne grandit pas avec la réussite et ne diminue pas avec la faiblesse.
Un enfant à naître, une personne atteinte d’un handicap sévère, un malade en phase terminale ou une personne âgée dépendante possèdent exactement la même dignité fondamentale que tout autre être humain. C’est de cette dignité que découlent les droits humains : « Dans la perspective chrétienne, les droits humains ne sont pas un ajout extérieur à la personne, mais une traduction historique de sa dignité intrinsèque » (Magnifica Humanitas, n° 54).
Le pape rappelle ainsi que les droits fondamentaux ne sont pas accordés par les gouvernements ni créés par les majorités politiques. Ils trouvent leur origine dans la nature même de la personne humaine. Cette réflexion conduit alors Léon XIV à l’une des affirmations les plus importantes de son encyclique : « Parmi ces droits, le premier droit humain est le droit à la vie, de la conception à sa conclusion naturelle, sans lequel il est impossible d’exercer tout autre droit » (Magnifica Humanitas, n° 55). La formulation est particulièrement forte.
Le pape ne se contente pas d’évoquer le droit à la vie de manière générale. Il précise explicitement qu’il s’étend « de la conception à sa conclusion naturelle », réaffirmant ainsi l’enseignement constant de l’Église sur la protection de toute vie humaine. Quelques lignes plus loin, Léon XIV devient encore plus explicite : « Lorsque ce droit fondamental est nié, comme cela se produit dans l’avortement provoqué, dans l’uccisione d’innocents et dans l’euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites » (Magnifica Humanitas, n° 55).
Il s’agit sans doute de l’un des passages les plus clairs de l’encyclique sur les questions bioéthiques. L’avortement et l’euthanasie ne sont pas présentés comme de simples sujets de débat politique ou sociétal. Ils sont directement reliés à la négation du premier des droits humains : le droit à la vie.
Pour Léon XIV, la racine du problème est avant tout anthropologique. Les sociétés contemporaines ont progressivement abandonné la recherche des fondements objectifs du droit et de la morale. Lorsque la nature humaine cesse d’être reconnue comme un repère commun, les droits deviennent fragiles et peuvent être redéfinis selon les intérêts du moment.
Le pape écrit : « Lorsque la raison se laisse sérieusement interroger sur la nature humaine, elle est capable de découvrir des valeurs qui valent pour tous parce qu’elles en dérivent » (Magnifica Humanitas, n° 56). Par cette affirmation, Léon XIV réintroduit au cœur du débat contemporain une notion longtemps centrale dans la pensée chrétienne : il existe une vérité sur l’homme qui précède les choix individuels, les idéologies et les décisions politiques. La défense de la vie humaine ne repose donc pas uniquement sur la foi. Elle repose aussi sur la raison et sur la reconnaissance de ce qu’est objectivement la personne humaine.
Sous cet angle, Magnifica Humanitas apparaît comme bien davantage qu’une encyclique consacrée à l’intelligence artificielle. Le véritable fil conducteur du texte est la dignité humaine. L’IA, les biotechnologies et les nouvelles puissances technologiques ne sont finalement que des révélateurs. Elles obligent l’humanité à répondre à une question fondamentale : qu’est-ce qu’un homme vaut ? La réponse de Léon XIV est sans ambiguïté.
Chaque personne possède une valeur inestimable parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. Cette dignité ne dépend d’aucune condition et ne peut être perdue. C’est pourquoi l’Église continue de défendre avec la même fermeté l’enfant à naître, la personne handicapée, le malade et la personne en fin de vie. Dans Magnifica Humanitas, le refus de l’avortement et de l’euthanasie n’apparaît pas comme une simple règle morale parmi d’autres. Il découle directement de la conviction centrale de l’encyclique : toute vie humaine est précieuse, parce que toute vie humaine est porteuse d’une dignité que nul pouvoir, nul progrès technique et nul intérêt particulier ne peuvent supprimer.
