
La Croix est devenue un signe de bénédiction par la mort et la résurrection du Christ. C’est un baiser sur nos fronts, une fierté au cœur de tout baptisé, comme il est dit à l’antienne d’ouverture de la fête de la Croix glorieuse, le 14 septembre : « Que notre seule fierté soit la Croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection; par lui, nous sommes sauvés et délivrés ».
Les Croix de chemin voyagent à travers le temps et l’espace, signes d’un pardon infini. Quelques-unes se trouvent aux carrefours de nos villes et villages. Croix d’hier qui marquent notre territoire, Croix de France ou du Québec, Calvaires dispersés dans les paysages bretons ou Croix du Mont-Royal qui surplombe Montréal. Que sont devenues ces Croix, vestiges d’un folklore à la peinture qui s’écaille ou témoins d’une foi toujours décapante ?
Ce bois de vie nous a ouvert la porte du paradis, ainsi nous pouvons rendre gloire au Père tout-aimant, « car tu as attaché au bois de la croix le salut du genre humain, pour que la vie surgisse à nouveau d’un arbre qui donnait la mort et que l’ennemi, victorieux par le bois, fût lui-même vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur » (Préface de la Croix glorieuse).
Avant que la Croix ne devienne un chemin et se retrouve dans l’art, il y a le don de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Il est sur ce bois le Fils qui, par sa Croix, nous rend la vie et nous ouvre des chemins d’intériorité. S’en souvient-elle la terre, du sang qu’il a versé pour nous? Et l’arbre de la lente sève végétale, sait-il que son bois fut formé pour le corps du Christ en croix, la plus belle parole d’amour jamais dite?
Ces humbles croix de chemin, plus ou moins restaurées, nous le rappellent : « Par ses blessures nous sommes guéris ». Depuis que Jésus l’a portée, c’est la croix maintenant qui nous porte : « Qui regarde vers lui resplendira ». Au corps à corps avec la mort, nous sommes là près de son visage, enfants prodigues et bons larrons pardonnés, avec Notre-Dame des Douleurs, dont nous faisons mémoire le lendemain de la fête de la Croix.
Car au point d’appui des stations, il y a cette rencontre fulgurante de la chair et du bois, de la mère et du fils, du sang et de la pierre, du glaive et de l’âme, pour l’ultime enfantement pascal. Tout recommence et s’élève au clair matin de la pierre tournée. Nos yeux peuvent contempler une telle aube qui se lève sur nos croix de chemin. Que dire de plus? Le Christ vit et cela suffit. Alléluia de septembre.
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Prière devant la Croix Glorieuse
“Seigneur Jésus, me voici devant ta Croix Glorieuse.
Que sa contemplation me convertisse.
Que se réalise pour moi ta Parole :
« Elevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».
Près de ta Croix se tenait Marie.
Tu lui dis : « Femme, voici ton fils. »
Elle ne s’enferme pas sur son immense douleur.
Aussitôt elle acquiesce et collabore librement avec toi au salut du monde.
Elle offre la souffrance de son cœur « transpercé par une épée »
et devient alors la mère de tous les hommes.
Merci de nous dire « Voici ta mère » en cette heure-là !
Tu meurs dans les plus grandes souffrances.
Tu es l’Innocent, victime de la violence absolue.
Tes paroles prennent alors une force extraordinaire :
« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».
Pas le moindre sentiment mauvais en toi face à la pire des injustices !
Ta Miséricorde infinie trouve même des excuses à tes bourreaux.
Merci pour ton pardon sans mesure !
Tu connais une terrible détresse :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Un déchirement intérieur indescriptible t’habite :
en effet, sans cesser d’être parfaitement un avec ton Père,
tu portes le péché du monde, ce péché qui sépare de Dieu !
Merci de nous délivrer du mal en le prenant sur toi quoi qu’il t’en coûte !
Parce que tu consens à la solitude la plus extrême
et que tu sembles même abandonné de Dieu,
tu peux promettre le bonheur de la Communion au bon larron :
« Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! ».
Quel échange stupéfiant !
Merci d’ouvrir le royaume de l’amour à ceux qui en étaient irrémédiablement
exclus !
C’est pour toi une joie indicible
que de faire entrer dans ta lumière le malfaiteur repenti.
Pourtant tu t’écries : « J’ai soif ! »
car tu es venu pour tous les hommes.
Tu ne veux pas qu’un seul se perde.
Alors ton Cœur mendie une réponse d’amour de chacun d’eux.
Merci pour ton ardent désir du Salut de tous !
La mission que le Père t’a confiée est remplie.
Tu es venu de Lui et tu retournes auprès de Lui.
« Père, entre tes mains, je remets mon esprit ! »
Rien ni personne ne peut ébranler ton union avec le Père,
ni le péché de la multitude qui t’écrase, ni l’Ennemi qui s’acharne.
Merci pour ton abandon filial sans condition !
Esprit-Saint, Tu aimes les tiens « jusqu’au bout ».
Tu livres ta vie, Tu la communiques en abondance en nous faisant renaître.
Nous n’avons plus rien à attendre : « Tout est accompli »
C’est en prononçant ces paroles que tu « remets l’esprit ».
Merci de répandre sur nous le souffle de l’Esprit de Vie !
Dans la mort même, Tu es encore à l’œuvre.
Un soldat ouvre ton Cœur d’un coup de lance :
«Aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau »
Le péché transperce ton Cœur et Tu répliques par un surcroît d’amour :
le sang de l’Eucharistie et l’eau du Baptême.
Merci de répondre au scandale du Mal par les sacrements !
Voilà ta Toute-Puissance :
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »
Et ta crucifixion, le péché le plus grave jamais commis par les hommes,
devient la source de la plus grande des bénédictions jamais reçue par eux :
le salut pour la multitude !
Merci de vaincre le Mal par la perfection de ton amour miséricordieux !
Désormais « tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu »,
même la souffrance des hommes que je te confie.
Avec le centurion qui était là en face de la Croix, je te dis :
« Vraiment tu es le Fils de Dieu ! »
Merci pour ta croix qui est bien la Croix Glorieuse !
Amen
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