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Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut », 2 Cor 6, 2
Ces paroles de saint Paul nous introduisent dans ce temps fort du carême comme un appel à la conversion du cœur. Ce temps liturgique nous est donné comme une grâce pour approfondir notre relation au Seigneur. Il est un temps de conversion personnelle et communautaire, un chemin qui nous conduit à la lumière de la Résurrection.
Le Carême est un temps de conversion et de renouveau, où l’on descend au plus profond de son âme et de sa
conscience, non dans l’inquiétude, mais avec fermeté et détermination. C’est un temps « non seulement de
renouvellement, mais un temps de réforme, d’examen sur soi, sur la fidélité à la grâce. C’est, pour les personnes du monde, un temps de rénovation, un temps où l’on fait des retraites pour prendre des résolutions nouvelles afin d’avancer dans la vie chrétienne. Dans la vie religieuse, il faut que ce soit un temps de nourriture pour l’âme puisque le corps en reçoit moins », (Mère Isabelle, Instructions du 28 février 1914).
Loin d’être un simple exercice ascétique, le Carême nous engage dans un cheminement intérieur qui culmine
dans la Passion du Christ et la joie pascale. L’Église rappelle que la pénitence chrétienne ne vise pas seulement à discipliner le corps mais à conformer l’âme au Christ crucifié. Saint Augustin exhortait ainsi les fidèles : « Ne vous contentez pas d’affliger votre corps, changez votre cœur » (Sermon 207). La pénitence chrétienne trouve sa plénitude dans la Croix et la Résurrection, mystères auxquels nous sommes appelés à communier durant ces quarante jours de grâce.
Le regard du Christ, tourné vers le Père, attentif à chacun de nous et au monde, nous révèle le vrai visage de Dieu : un regard aimant et rempli de compassion. Comme Lui, tournés vers la source de tout amour, nous
sommes appelés pendant ce temps à avoir un regard contemplatif qui nous rend plus attentifs, plus
compatissants et plus disponibles.
L’Eglise nous propose ces chemins traditionnels de carême :
- la prière, pour approfondir notre relation avec Dieu
- le jeûne, pour apprendre la sobriété et la liberté intérieure
- le partage, pour ouvrir nos cœurs aux autres, en particulier aux plus fragiles.
Dans son message pour le Carême 2026, le Pape Léon XIV nous invite à redécouvrir la dimension communautaire de ces démarches de conversion. Il y met en lumière l’ écoute et le jeûne comme attitudes fondamentales pour remettre Dieu au centre de nos vies : L’écouter ensemble dans sa Parole et dans la vie quotidienne, nous écouter mutuellement, marcher ensemble et porter ensemble nos fragilités.
Le Saint Père rappelle que Dieu Lui-même se révèle comme un Dieu qui écoute, il invite à « se laisser rejoindre par la Parole et l’accueillir avec docilité d’esprit« . Il souligne que « la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation » intérieure ou extérieure. Il invite en particulier à jeûner des paroles qui heurtent et blessent le prochain« , à « désarmer le langage« , à renoncer « aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à la médisance et aux calomnies » et faire « place à des paroles d’espérance et de paix » dans tous nos milieux de vie, relations ou communications.
« Le carême est un temps réservé à Dieu » (Sermon 211), rappelait saint Augustin. Cela signifie qu’il est un temps à Lui consacrer en priorité, dans la vérité et l’humilité. C’est bien dans cet esprit d’humilité que nous sommes invités à vivre ces piliers : L’aumône, la prière et le jeûne qui ne cherchent pas le regard des hommes, mais celui du Père qui voit dans le secret (Mt 6, 2-6). Comme le rappelle Jésus, le destinataire de l’aumône, de la prière et du jeûne, ce n’est pas nous, mais Dieu. Il ne s’agit pas de chercher l’admiration des hommes, mais d’exprimer devant le Seigneur un cœur repentant.
La prière est l’effort concret par lequel nous laissons davantage de place à Dieu dans une vie où nous l’oublions trop souvent. Le jeûne nous aide à mesurer l’importance excessive que nous accordons aux plaisirs matériels et nous apprend à vivre selon l’Esprit. Le partage, enfin, est le moyen concret de notre désir de dépasser l’égoïsme qui marque trop souvent nos relations avec les autres. Ces trois piliers nous dépouillent, nous révèlent notre pauvreté et font tomber les masques du péché dans nos relations aux autres, à Dieu et à nous-mêmes. Ils deviennent un cri vers Dieu, une manière de nous remettre entre ses mains pour lui demander de nous libérer de l’égoïsme, de l’indifférence à sa présence et du repli sur nous-mêmes.
Saint Paul nous fait ce rappel : « c’est maintenant le temps favorable » (2 Co.6, 2). Il ne s’agit pas d’attendre un autre temps pour nous réconcilier avec Dieu. Accueillir la grâce aujourd’hui, c’est consentir à laisser Dieu agir en nous : apprendre à vivre selon sa justice, afin qu’au jour de Pâques nous puissions goûter, d’un cœur purifié, la joie du salut et demeurer en Lui comme il demeure en nous.
Que ce carême soit pour chacun(e) de nous un véritable itinéraire pascal : un passage de la dispersion à l’unité, de
la tiédeur à l’élan, de l’égoïsme à la charité. Que ce chemin intérieur soit une marche communautaire avec le Christ qui se donne par amour. Qu’il creuse en nous le désir de Dieu et dilate notre cœur à la mesure de sa miséricorde.
Bon temps de Carême à vous tous !
Marie-Jeanne, Supérieure générale des Orantes de l’Assomption
