
Il y a, dans notre vie chrétienne, des moments de « Thabor« . Des moments où tout devient lumineux. Où le visage du Christ brille pour nous comme le soleil. Où notre vocation retrouve sa clarté première, sa beauté originelle, sa fraîcheur.
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Rien n’est improvisé. La Transfiguration n’est pas un spectacle : c’est une grâce donnée dans l’intimité.
Comme baptisés, nous savons ce que signifie « être pris à l’écart ». Nos temps de prière, nos vacances, nos retraites, nos engagements ecclésiaux, nos rencontres… sont ces montagnes où le Seigneur nous conduit pour nous montrer qui Il est vraiment — et qui nous sommes en Lui.
Mais la Transfiguration n’est pas seulement consolation. Elle est révélation.
Le visage de Jésus devient brillant comme le soleil. Ses vêtements, blancs comme la lumière. Ce n’est pas une autre personne : c’est le même Jésus. Celui qui marchera vers Jérusalem. Celui qui sera incompris. Celui qui sera crucifié.
La lumière ne supprime pas la croix. Elle en révèle le sens.
Combien de fois avons-nous désiré « dresser trois tentes » ? Fixer un moment fort, préserver une mission qui portait du fruit, retenir une époque plus stable de notre famille…
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« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! »

Oui, il est bon d’être dans la lumière. Mais notre vocation ne consiste pas à habiter la montagne. Elle consiste à écouter.
La voix du Père retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… écoutez-le. »
Écoutez-le…. Dans nos décisions quotidiennes, dans nos choix de vie, dans nos tensions sociales, dans les appels nouveaux de l’Église synodale. Écoutez-le.
Notre fécondité ne vient pas de nos efforts, mais de notre capacité à écouter le Fils bien-aimé.
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«Les disciples tombent face contre terre, saisis de crainte.»
L’expérience de Dieu déstabilise. Elle nous met à genoux. Elle nous rappelle que nous ne maîtrisons pas l’œuvre.
Alors Jésus s’approche. Il les touche. « Relevez-vous et soyez sans crainte. »
Ce geste me bouleverse toujours. Le Christ ne laisse pas ses disciples écrasés par la peur. Il les relève.
Combien de chrétiens aujourd’hui ont besoin d’être relevés ? Relevés de la fatigue, du découragement, de la perte de sens, des conflits, des restructurations, des fragilités personnelles, de la maladie, de la déception,…
Et si notre première mission était de devenir, les uns pour les autres, ce geste du Christ ?
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« En levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. »

À la fin, il ne reste que Lui.
Ni Moïse, ni Élie, ni les sécurités du passé, ni les certitudes institutionnelles.
Lui, seul.
Peut-être est-ce là le cœur de la maturité : consentir à ce que tout se simplifie jusqu’à ne garder que Jésus.
Et puis vient la descente de la montagne.
On ne reste pas dans la lumière. On redescend vers la plaine, vers les malades, vers les foules, vers l’incompréhension… vers la croix.
Notre vie chrétienne est ce mouvement continuel :
Monter pour contempler.
Descendre pour servir.
Écouter pour discerner.
Recevoir la lumière pour traverser l’obscurité.
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Dans un monde fragmenté, dans une Église en transformation, dans une société où le christianisme n’a plus une place de choix, la Transfiguration nous rappelle ceci : Notre avenir ne dépend pas de notre force.
Il dépend de notre capacité à écouter le Fils bien-aimé.
Et quand la peur nous saisit, quand l’incertitude nous fait tomber face contre terre, souvenons-nous : Il s’approche, il nous touche et il nous dit encore aujourd’hui : « Relevez-vous. Soyez sans crainte. »
Que cette Parole devienne, pour chacun de nous, lumière pour continuer la route.
