Orantes de l'Assomption
Présence contemplative au cœur du monde
Rien n’est bon comme le détachement de soi-même, rien n’est déplorable comme la paresse spirituelle, j’en sais quelque chose---------Offrez-vous tous les matins et ne vous reprenez pas dans la journée---P. François Picard///////Il y a toujours à supporter, et tout le monde fait supporter. Il faut savoir se supporter mutuellement avec beaucoup de bonté, de patience, mais en même temps d'austérité de langage, avec l'affection des personnes données à Dieu---------- Je voudrai que pour nous prière et acte d’amour fussent synonymes----Mère Isabelle

Demander la grâce d’être Sel et Lumière


Vous êtes le sel de la terre et pour le monde vous êtes la lumière ! 

— Matthieu 5, 13-16

Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Ces paroles sont belles, toutes belles, mais elles sont un peu intimidantes, à la limite gênantes. Devons-nous nous prendre pour le sel de la terre et la lumière du monde? Devons-nous dire aux gens autour de nous qui ne sont pas chrétiens, tassez-vous, nous sommes, nous chrétiens, la lumière du monde?

Sûrement pas. Il me semble que la réponse à notre malaise devant ces affirmations de Jésus est de nous dire, et de dire au monde : si lumière en nous il y a, elle ne vient pas de nous, nous n’en sommes pas la source. Elle est en nous, dans le bien que nous faisons, mais elle n’est pas de nous. Elle est tantôt l’émanation de la bonté que le Père a déposée en nous, en tout humain, en imitation de la bonté qui est en lui.

Et s’il y a en nous une bonté qui dépasse la bonté naturelle qu’il a déposée en tout humain, eh bien, elle est l’effet d’une grâce spéciale, toujours venant de Dieu.

Voilà qui vient apaiser le malaise que nous éprouvons à nous faire dire que nous sommes la lumière du monde.

Mais si le bien que nous accomplissons vient à avoir pour effet de nous rendre lumineux, eh bien, ne faut-il pas que notre bonté dépasse en luminosité la bonté que le Père a déposée, justement, en tout humain? Si nous sommes simplement aussi bons et par conséquent lumineux que le reste de l’humanité, eh bien, autant dire que nous ne sommes pas lumineux du tout.

Il nous faut donc une grâce spéciale, de manière à être bons au point de trancher sur la moyenne de l’humanité, pour être lumière.

Mais de quelle bonté s’agit-il? Jésus identifie la lumière que nous sommes appelés à être, avec ce que nous faisons de bien. Pas plus.

De quel bien, donc, s’agit-il? Il me semble qu’Isaïe répond amplement à la question. Il s’agit de bonté humaine, pure et simple, sous toutes ses formes.

 

 

Si tu partages ton pain avec celui qui a faim, si tu accueille chez toi les pauvres sans abri, si tu couvre celui que tu verras sans vêtement, si tu ne te dérobes pas à ton semblable, alors, ta lumière jaillira comme l’aurore. Si tu fais paraître de chez-toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim, si tu comble le désir des malheureux, alors, ta lumière se lèvera dans les ténèbres.

Imaginez un monde dans lequel les chrétiens seraient identifiables à la bonté qu’ils ont, collectivement et individuellement, en faveur de ceux et celles qui souffrent, un monde dans lequel les chrétiens seraient reconnaissables à leur bonté, leur compassion toujours actives. Imaginez un monde dans lequel, en voyant quelqu’un faire le bien, on dirait, c’est probablement un chrétien. C’est comme ça qu’ils sont. Ils font toujours le bien.

C’est bien, me semble-t-il, le défi que Jésus nous lance. Soyez simplement bons, et votre lumière jaillira. Elle se lèvera dans les ténèbres. Ceux et celles qui habitent les ténèbres, surtout ceux et celles qui bénéficient de votre bonté, seront attirés à votre lumière, cette lumière qui brille en vous, mais qui, ils l’apprendront en vous fréquentant, ne vient pas de vous. Elle vient du Père.

On parle beaucoup de nos jours de la mission, de l’importance d’être disciples-missionnaires. On a du mal à se représenter de quoi cela a l’air, dans l’Église en général, dans ma vie en particulier. Mais on sait au moins clairement en quoi ça commence, sur quoi ça repose. Sur une simple bonté humaine, constante et profonde.

Puisqu’une telle bonté est grâce, comme tout ce qui est proprement chrétien, demandons-la. Demandons à Dieu la grâce d’être simplement bons, et du fait même, d’être sel de la terre, lumière pour le monde. Lumière qui doit conduire ceux et celles qui la voient, éventuellement, vers Dieu, la bonté en personne, vers son Évangile, la source de toutes les lumières essentielles pour pouvoir cette vie humaine dans la paix, la sérénité et même, dans la joie.

Guy Rivard, o.p.