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Interview de Bernadette Dumont sur l’évangile Mt 14, 22-33
◗ Pourquoi Jésus force-t-il ses disciples à partir, se réservant de renvoyer la foule ?
Après la multiplication des pains, les bénéficiaires s’étaient persuadés que Jésus était le Messie. Ils en étaient même venus à projeter de l’enlever pour le faire roi (cf. Jn 6, 14-15). Or, nous avons vu à plusieurs reprises que les disciples n’étaient pas insensibles à la perspective de participer, aux meilleures places, au triomphe messianique et royal de Jésus. Il était donc urgent d’éloigner les disciples de l’influence de la foule.
◗ Finalement, la nuit tombée, Jésus gravit la montagne et se retrouve enfin seul au désert ; et il s’abandonne dans la prière à son Père qui est aux cieux.
L’Évangile nous dit bien qu’il était là, seul. Oui, il était seul, mais pas tout seul : il était seul à seul avec son Père. Car sur la petite voie empruntée par celui qui par Amour pour nous s’est fait « le très-bas », la prière au Très-Haut était un cœur à cœur. Or, Jésus qui venait de nourrir les foules n’était lui-même pas rassasié. Il lui fallait par surcroît prier pour recevoir la plénitude de sa nourriture : « Abba, Père, que ta volonté soit faite et non la mienne… » (cf. Jn 4, 34 ; Lc 22, 42).
◗ Et puis, tout à coup, on passe au vent fort sur le lac, avec les disciples dans leur frêle esquif, qui rament, à tous les sens du terme…
Nous voici sur une mer tourmentée, à bord d’une barque fragile. N’est-ce pas notre vie, telle qu’elle est ? Avec ses vents contraires, ses fatigues, ses peurs ? N’est-ce pas notre vie chrétienne ? Car pour se retrouver dans cette situation, les disciples n’ont fait qu’obéir à Jésus.
◗ Et alors, la mer tourmentée, menaçante, ne serait-ce pas « le monde » avec les puissances du mal et de la mort mobilisées pour nous empêcher d’avancer vers le royaume de Dieu?
C’est cela même. Et voici que Jésus les domine et leur marche dessus !
◗ Oui mais les disciples ont peur de leur Sauveur, ils croient que c’est un fantôme…
N’avons-nous jamais expérimenté que quand notre cœur est tourmenté par le diable, même la grâce peut nous paraître menaçante ? Heureusement, Jésus n’a que trois mots à prononcer pour nous donner de le reconnaître pour ce qu’il est : « Confiance… c’est moi… n’ayez plus peur. »
◗ Et alors, comme toujours, Pierre va se mettre en avant, et, comme d’habitude va recevoir une bonne leçon !
Oui, Pierre, c’est nous. C’est nous toujours prêts à marcher sur les eaux en pensée et en parole, mais toujours sûrs de couler en action… Heureusement, comme Pierre, avant de boire la tasse, nous avons le meilleur réflexe de survie, crier la plus courte prière de toute la Bible : « Sauve-moi! »
◗ Finalement, l’exemple de Pierre nous instruit que cela seul qui pourrait nous empêcher de marcher sur les eaux, c’est le manque de confiance en Jésus.
Oui, mais comme toujours sur notre petite voie, nous allons prendre un raccourci, c’est-à-dire rester au sec dans la barque (qui représente l’Église) et crier à Jésus : « Sauve nous ! » Comme le dirais Thérèse : nous sommes trop petits pour prétendre marcher sur les eaux, mais assez petits pour nous laisser prendre dans ses bras.
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Seigneur, sauve-moi !
Après le miracle des pains et des poissons, Jésus renvoie la foule et oblige ses disciples à traverser le lac. Il veut demeurer seul pour prier, sur la montagne, et il y reste toute la nuit. L’évangéliste ne dit rien du contenu de cette prière. S’agit-il d’une action de grâce pour le miracle des pains, d’une intercession pour dominer le mal, marcher sur les eaux et manifester qu’il est le Fils de Dieu, d’un témoignage donné aux disciples ou bien d’un rendez vous, cœur à cœur, entre le Père et le Fils ?
Jésus rejoint ses disciples et comprend leur peur. « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Laissons résonner en nous cette parole, laissons-la accomplir sa mission dans toutes les situations que nous vivons. Pierre se détache du groupe des disciples. Il exprime deux prières. Sa foi lui donne de marcher à son tour sur les eaux, avant que la peur ne la fasse retomber, et lui avec. Une fois remonté dans la barque avec Jésus, c’est le vent qui tombe.
Alors ceux qui sont dans la barque se prosternent devant lui, et lui disent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » L’évangéliste ne vise pas le réalisme de la scène en notant la prosternation simultanée des disciples dans la petite barque ! Mais il valorise l’acte de foi collectif, ecclésial. Jésus est avec eux, maître des éléments, et fait monter très haut leur foi.

