Orantes de l'Assomption
Présence contemplative au cœur du monde
Rien n’est bon comme le détachement de soi-même, rien n’est déplorable comme la paresse spirituelle, j’en sais quelque chose---------Offrez-vous tous les matins et ne vous reprenez pas dans la journée---P. François Picard///////Il y a toujours à supporter, et tout le monde fait supporter. Il faut savoir se supporter mutuellement avec beaucoup de bonté, de patience, mais en même temps d'austérité de langage, avec l'affection des personnes données à Dieu---------- Je voudrai que pour nous prière et acte d’amour fussent synonymes----Mère Isabelle

Pardonner, ce n’est pas laisser faire sans réagir 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le Ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la Terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux Cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

Mt 18, 15-20

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Qui est mon « frère » ?

Ceux qui sont appelés ici « frères » sont les membres de la communauté des chrétiens en train de se constituer. Pour James Woody, il signifie : « Nous sommes du même sang, toi et moi, au sens où le sang c’est la vie, nous partageons la même vie, la même condition, le même horizon, la même destinée… » 

Or, la notion de « frère » est assez peu présente dans le Premier Testament. Pour le pasteur, « ce texte offre l’autre comme un frère qui pour l’instant n’était peut-être pas aussi frère que cela… On est en train de constituer la notion de frère. »

Qu’est-ce que le péché ?

Dans la Bible, le péché n’est pas tant un non-respect des règles morale qu’un « problème de disposition par rapport à Dieu », rappelle le pasteur. Il y a péché quand on oublie Dieu, aussi bien dans notre rapport aux autres que dans notre rapport à la vie. Pour James Woody, ce texte nous dit qu’il y a dans la vie « des moments où nous oublions de regarder l’autre comme un frère » et que nous « ne le regardons plus avec le regard de Dieu ». Et « c’est à ce moment-là que la relation se dégrade et qu’il faut la rétablir, la restaurer ».

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Aller chercher l’ami qui se fourvoie

Jésus donne un enseignement qui peut nous surprendre sur ce frère qui pèche et que l’on doit reprendre. Il s’agit moins de réparer une offense personnelle que de porter secours à celui qui a commis l’affront. Avait-il conscience qu’en agissant ainsi il pouvait blesser son prochain ? Cette question est au cœur des paroles de Jésus. Le sens du pardon implique avant tout d’aller éclairer le frère sur l’effet de ses actes. Ce n’est pas une question de vengeance mais d’amour envers celui qui ne sait pas toujours ce qu’il fait.

Pardonner, ce n’est pas laisser faire sans réagir. Jésus insiste. Si le frère n’écoute pas, il faut revenir avec deux ou trois personnes pour témoigner en commun de son égarement. Si cela ne suffit pas, persévérer une troisième fois devant l’assemblée, qui parlera d’une même voix contre lui. Si le coupable s’entête toujours, il faudra alors l’ignorer et le considérer comme un homme sans Dieu, ou comme un collecteur d’impôts au service du pouvoir romain, un symbole de mépris du peuple.

La correction fraternelle

Qui suis-je pour faire des reproches à l’autre ? Cela semble aller à contre-courant de l’humilité tant vantée dans les Écritures. Ce passage d’évangile étonne d’autant plus qu’au chapitre 7, Jésus reprochait à celui qui a le jugement ou la critique facile de ne voir que « la paille » dans l’œil du voisin et non « la poutre » dans le sien.

Ce texte évoque ce que les chrétiens nomment la « correction fraternelle ». « Il est question de reprendre le frère au sens où on saisirait quelqu’un qui est en train de se noyer », commente James Woody. L’objectif est de susciter chez l’autre « une prise de conscience pour qu’il puisse réagir ».

Finalement, ce dont il est question dans cet évangile c’est du « sens de la justice ». Car dans la Bible, la justice « n’est pas d’abord là pour condamner » mais « pour rétablir la vérité ». Ainsi, si l’on prend l’exemple des révélations au sein de l’Église, sur les abus et agressions sexuelles, comme le suggère James Woody, c’est pour « sortir tout le monde du déni » et « faire en sorte de rétablir des relations justes ».

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Nous ne nous sauverons pas tout seul

« Qui est mon frère ? » a demandé Jésus dans le même évangile de saint Matthieu. Il a répondu en désignant ses disciples. Le frère est celui qui chemine spirituellement. Notre regard ne doit pas être dupe des apparences du monde, mais doit aller chercher la lumière cachée au fond des personnes. Cette quête nous fait frère de tous ceux qui accomplissent un chemin d’Évangile.

La correction fraternelle s’inscrit dans cette conscience de former avec l’autre une unité. Nous sommes liés les uns aux autres ; nous ne nous sauverons pas tout seul. On pourrait dire : nous formons ensemble un corps, celui que Dieu a formé à son image. Dans ces conditions, notre regard sur tous ces visages rencontrés prend une autre dimension. Les paroles du Christ s’éclairent. Aller voir son frère pour le reprendre c’est lui tendre un miroir utile afin qu’il s’élève, non pour le juger. La fécondité de cela est immense. Car l’action d’un seul rejaillit sur tous.

C’est le sens des paroles d’Ézéchiel sur notre responsabilité collective : lui mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. Ces paroles du prophète frappent fort pour nous réveiller. Si le coupable ne reconnaît pas son erreur, il charge son âme du poids de sa faute. Mais le silence du témoin, dans lequel je devrais avoir l’honnêteté de me reconnaître, participe à la même ignorance. Fautif ou non, tout prochain est un être dont le salut compte pour chacun de nous.

Or, ce qui est délié sur la terre sera délié dans le ciel. La terre est un lieu de travail et d’évolution. Tout ce que nous accomplissons ici avec les autres nous sauve de notre condition. Il en est de même dans la prière en commun qui décuple la force d’une oraison solitaire. Ainsi, l’amour des autres a la force d’une rédemption : celui qui aime les autres a pleinement accompli la loi, comme le dit Saint Paul.

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Prière


Dieu très saint donne-moi la force du pardon. Aide-moi pour que je ne ferme pas mon cœur sur ce qui m’offense. Fais-moi à ton image, à la fois lente à la colère et pleine d’amour pour mes frères, consciente de ce lien qui m’unit à tous ceux que tu places sur ma route. Fais que je puisse dépasser toute peine et sereinement aller trouver celui qui m’a blessé. Par amour pour lui et pour Toi. Que le Christ soit notre trait d’union retrouvé lorsque nous serons lui et moi dans la prière.