Orantes de l'Assomption
Présence contemplative au cœur du monde
Rien n’est bon comme le détachement de soi-même, rien n’est déplorable comme la paresse spirituelle, j’en sais quelque chose---------Offrez-vous tous les matins et ne vous reprenez pas dans la journée---P. François Picard///////Il y a toujours à supporter, et tout le monde fait supporter. Il faut savoir se supporter mutuellement avec beaucoup de bonté, de patience, mais en même temps d'austérité de langage, avec l'affection des personnes données à Dieu---------- Je voudrai que pour nous prière et acte d’amour fussent synonymes----Mère Isabelle

Séparer le bon grain de l’ivraie, isoler le bien du mal

Vous risqueriez en arrachant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé. Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson, dit le maître. Accepter cette coexistence du mal avec le bien jusqu’à la moisson.

Pourquoi Dieu laisse-t-il le mal grandir au milieu du bien ? Dans la parabole du blé et de l’ivraie, face à l’impatience des serviteurs, le maître refuse d’arracher immédiatement la mauvaise herbe : il sait qu’en voulant supprimer le mal trop vite, ils risqueraient aussi de détruire le bien.

À travers les images de l’ivraie, Jésus révèle la manière mystérieuse dont agit le Royaume de Dieu. Il commence souvent dans la petitesse et demeure longtemps invisible, mais rien ne peut arrêter sa croissance.

Cette parabole nous invite à renoncer aux jugements précipités, à laisser à chacun le temps de la conversion et à croire que Dieu travaille silencieusement dans les cœurs. Sommes-nous capables de reconnaître le bon grain que Dieu fait déjà pousser dans notre vie ?

En même temps, il nous faut considérer que désormais, sur terre, le bien est plus grand que le mal, la grâce plus forte que le péché, quoique son action soit parfois moins visible.

 L’image du champ sur lequel on a répandu la bonne semence de l’Évangile à pleines mains mais sur lequel l’ennemi a semé de l’ivraie, nous invite à penser à ce que dit le Catéchisme : « “l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement  » (LG 8). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification »

En effet, la parabole du blé et de l’ivraie pose le problème de la coexistence du bien et du mal.  » C’est clair : le champ est fertile, la semence est bonne. Le propriétaire du champ a lancé la semence à la volée, au moment propice et avec un art consommé ; et pour protéger les nouvelles semailles il a organisé un tour de garde. Si l’ivraie vient à apparaître, c’est qu’il n’y a pas eu de réponse, c’est que les hommes –les chrétiens en particulier- se sont endormis et ont permis à l’ennemi de s’approcher.

 

La parabole de Jésus laisse clairement comprendre que le mal ne vient pas de Dieu mais de l’ennemi, du malin, astucieux, qui sème le mal au milieu du bien, de sorte qu’il est difficile de le trier nettement. Seul le juste Juge sera en mesure de le faire. Cela dit, il ne faudra pas s’attendre à une intervention immédiate de Dieu pour surmonter le mal parce que Dieu est patient et miséricordieux.

Les serviteurs, impatients, veulent arracher l’ivraie, en revanche, dit le pape François, “le bon Dieu, qui sait attendre, jette un regard, patient et miséricordieux sur ’le champ’ de la vie de chaque personne: il voit, mieux que nous, la saleté et le mal, mais il perçoit aussi les petites pousses dubien et attend, tout confiant, qu’elles mûrissent.

Que c’est beau ! Notre Dieu est un père patient, toujours à nous attendre, le cœur sur la main, à nous accueillir pour nous pardonner. Il nous pardonne toujours si nous nous adressons à Lui ”

Dieu est patient parce qu’Il sait que même le cœur, trop longtemps souillé par de nombreux péchés, peut changer et donner du bon fruit. Dans son commentaire à cette parabole, saint Augustin qui nous livre son expérience de pasteur d’âmes, constate “ qu’au départ, beaucoup sont de l’ivraie qui deviennent du blé par la suite, aussi a-t-on besoin de cette patience salutaire qui n’est pas indifférence devant le mal. Si ceux qui sont méchants n’étaient pas patiemment tolérés, ils n’atteindraient jamais leur changement louable ”.

Le propriétaire du champ ne prend pas le mal pour du bien. Il sait ce qui est bon ou mauvais pour la santé. Cela dit, il ne permet pas à ses serviteurs de se précipiter afin de donner du temps à la miséricorde. Jésus nous apprend à ronger notre frein et à savoir tenir bon : ce qui est mauvais peut devenir quelque chose de bon. Il y a toujours lieu d’espérer puisque la conversion est toujours possible.