D’où vient donc cette étrange et puissante Douceur que Jésus vit et dont il témoigne ? Elle vient qu’Il a assumé et traversé, par et dans l’Amour désarmé, l’abîme des haines et des violences meurtrières ; bref le bruit et la fureur de notre monde ! L’Esprit de la divine Douceur du Christ nous donne alors de percevoir, tel un Souffle léger et un Silence bienfaisant, combien Sa Présence nous entraîne à vivre de et en Sa vie pacifiée qui… désarme, console et apaise !
D’où la nécessité vitale de se brancher sur l’Esprit qui est à la fois Souffle inspirant et Mentalité désarmante de Jésus. D’où aussi… l’urgent besoin de se laisser émouvoir et mouvoir par l’Esprit qui émane de sa personne ! C’est ce que nous rappelle l’apôtre Paul lorsqu’il écrit : « Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Découvrir qu’en nos corps mortels, nos vies fragiles, vulnérables, éphémères réside un Souffle de Vie nous donne d’être à notre tour doux et humbles de cœur.
Là… et seulement là réside la suite du Christ : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » Car la douce Puissance du Père est cachée à ceux qui se reposent uniquement sur eux-mêmes ; elle est occultée pour ceux qui, refusant l’heureuse dépendance, sont persuadés de tout maîtriser. Fermés en eux-mêmes, ils ne peuvent alors concevoir qu’un Dieu de domination.
La douceur de l’Amour n’est révélée qu’aux tout-petits
Or, il se trouve que la douceur de l’Amour n’est révélée qu’aux tout-petits, à ceux qui, tel le psalmiste, prient : Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère.
Révélée aux tout-petits cette divine Douceur ? C’est-à-dire à cette part de nous-même, perdue depuis l’enfance, désormais cachée aux yeux du monde, qui se sait redevable d’un Amour qui la fonde. N’est-ce pas ce lien invisible, cet Amour du Père qui fait exulter Jésus ? « Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » !
Tout découle de là ! Et l’on comprend alors avec quelle Délicatesse discrète et apaisante Jésus nous accompagne dans les épreuves de la vie, lui qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » Et d’ajouter : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Connaître un objet ne demande pas que l’objet s’ouvre, le savoir peut toujours l’approprier d’une certaine manière. Mais connaître un être vivant, et encore plus une personne, en vérité, ne peut se faire sans qu’il, qu’elle n’ouvre son intériorité. Jésus nous dit une chose essentielle et évidente. Le Père n’est connu que de lui et de celui à qui le Fils veut le révéler. Mais si cela est, comment le Fils peut-il donc donner à connaître Celui qu’il aime absolument. Pas d’autre moyen que de connaître le Fils, d’aller à Lui, de devenir son ami, son ami véritable. Alors le Fils nous introduira à son Père. Dés lors les injonctions posées par Jésus prennent sens.
Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Pour avancer en cette direction de la connaissance du Père, nous avons à venir à Jésus. Il nous attend et nous recevra si nous allons à lui humblement. Il est l’accueil même, plein de compassion. Pas d’autre chose à faire que de venir à Lui, de Lui parler en simplicité, en pauvreté… Il nous donnera de vivre vraiment, de laisser tomber ce qui ne nous convient pas, entrer dans une nouvelle manière de vivre. Il ira même jusqu’à nous guider en peinant lui-même à nos côtés pour que nous nous ouvrions à la Vie véritable.
Prenez sur vous mon joug Jésus vit parfaitement sa vie d’homme en relation avec son Père, et aussi avec toute l’humanité ainsi que toute la création. Et il nous propose d’être avec Lui, d’être même guidé par lui en faisant comme Lui, avec Lui. Nous pouvons dès lors être habités de son Esprit, en Lui, devenir fils comme lui-même est Fils. Prenons la main que le Seigneur nous tend, elle nous conduit à la vie véritable celle qui consiste à connaître et aimer Celui dont nous recevons tout, portés par le Fils, animés par leur Esprit à tous les deux. Vivons pleinement la Vie qui s’offre à nous en relation avec Eux.
Jésus fait corps avec nous dans le quotidien de nos vies et spécialement dans les temps sombres
L’image du joug est ici éclairante : cet instrument unit deux bêtes pour la même tâche. Jésus fait donc corps avec nous dans le quotidien de nos vies et spécialement dans les temps sombres. Il se place par Son Esprit au plus près de nous et nous facilite la traversée de nos épreuves. Sa Présence est apaisante à ceux, celles qui sont blessés dans leur corps : malades, infirmes, blessés…
Disons le sous la forme d’un conte du poète brésilien Ademar de Barros : « Une nuit, j’ai eu un songe. J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur. Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie. J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque période de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable : L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur. Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.
Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. « J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie, les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.«
Je l’ai donc interrogé : « Seigneur… tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec Toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas. Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. «
Et le Seigneur répondit : » Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une seule minute ! Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien : c’était moi qui te portais.«
Se connecter dans la foi au Seigneur nous donne donc, même si nous ne le savons pas, d’être portés par Lui. Ce lien de confiance filiale nous délivre de nos pesanteurs. Il nous réveille, nous élève, nous met debout et nous ouvre à la légèreté de la Vie ! Amen.
