« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur »
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » (Jn 14, 15-21).

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En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Quand il viendra, il établira la culpabilité du monde en matière de péché, de justice et de jugement. En matière de péché, puisqu’on ne croit pas en moi. En matière de justice, puisque je m’en vais auprès du Père, et que vous ne me verrez plus. En matière de jugement, puisque déjà le prince de ce monde est jugé. »
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Dans deux jours, nous célébrerons l’Ascension du Seigneur. C’est-à-dire sa montée vers le Père ainsi que son entrée dans le cœur des croyants, par l’intermédiaire de son esprit. Cette perte avec « la tristesse qui remplit nos cœurs » est à vrai dire aussi un gain : celui du Défenseur, gain permis par ce départ, avec l’ouverture de nos existences croyantes vers le plein de nos situations de vie. Pour certains d’entre nous, ce moment liturgique correspondra à la clôture de leurs trente jours d’Exercices et leurs retours dans leurs quotidiens.
Ce mot de « défenseur » doit nous interroger. La vie dans laquelle, les premiers croyants et nous-mêmes, nous entrons est certes une vie d’ouvertures, de découvertes, de croissances mais elle est également de contradictions, de confrontations et de persécutions. Cette considération peut rendre compte du choix du terme « défenseur ».
Mais peut-être faut-il aussi voir que l’enjeu de nos existences n’est jamais que tourné vers l’extérieur. Au-delà de nos actions, nous avons à retenir que l’enjeu de fond de nos existences réside fondamentalement dans la manière dont nous vivons nous-mêmes, la manière dont nous usons surtout de notre liberté, de notre liberté intérieure.
Alors, sans pouvoir en cette courte homélie expliciter cette affirmation « Quand viendra le défenseur, il établira la culpabilité du monde en matière de péché, de justice et de jugement. » peut-être faut-il seulement se rappeler que notre vie chrétienne n’est jamais sans l’autre. L’esprit qui marche avec nous, qui nous défend, qui établit la culpabilité du monde, nous encourage intérieurement à vivre, à agir avec nos frères et nos sœurs ainsi qu’avec lui. Il nous garde, par sa douce présence, de vouloir tout faire, tout contrôler. Il nous appelle à simplement servir la vie divine qui ne cesse de venir en l’autre et en nous, toujours nouvelle, toujours reliante, comme le fit Jésus lorsqu’il était parmi nous.
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1. Jésus continue ici son dernier discours à ses disciples avant la Passion. Il nous parle ici de manière spéciale de l’Esprit Saint. Jésus lui donne le nom de « Défenseur ». Plusieurs traductions avaient ici simplement fait une translittération du mot original grec : Paraclet. Ce mot, en grec, a une connotation juridique : l’avocat, celui qui défend l’accusé. Notre passage nous permettra de mieux comprendre pourquoi Jésus attribue ce nom à l’Esprit Saint.
2. Pourtant Jésus dit ensuite que ses disciples seront exclus des assemblées et seront même mis à mort. Cela implique une sorte de procès, au cours duquel les chrétiens seront reconnus coupables et condamnés. Or, s’ils sont mis à mort, leur Défenseur, l’Esprit Saint, a-t-il fait son travail ? Ou bien est-il incapable de les défendre correctement ? De quelle sorte de défense s’agit-il donc ?
3. Jésus nous dit aussi que ses disciples devront rendre témoignage. C’est donc sans doute ici qu’intervient l’Esprit Saint : il aide les disciples de Jésus à lui rendre témoignage. Dans le procès qu’on leur fait, ce sont eux qui ont raison, car ils connaissent le véritable Dieu. L’Esprit Saint les aidera à témoigner de cette vérité, jusqu’au bout, jusqu’à la mort si cela est nécessaire. Or c’est pour eux la véritable victoire car la foi dans le véritable Dieu est ce qui donne un sens à toute leur vie. Mais le rôle de l’Esprit Saint ne s’arrête pas là. Comme nous le savons, le témoignage des martyrs est souvent tellement fort qu’il renforce la foi de ceux qui l’ont déjà et peut la donner à ceux qui ne l’ont pas encore, même à ceux qui les ont condamnés. Ainsi, grâce à l’Esprit Saint, les martyrs seront reconnus comme les véritables justes, ils auront combattu, grâce à lui, le bon combat. Grâce à l’aide de l’Esprit Saint, c’est la vérité qui est manifestée.
Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite
