Orantes
Présence contemplative au cœur du monde
Rien n’est bon comme le détachement de soi-même, rien n’est déplorable comme la paresse spirituelle, j’en sais quelque chose---------Offrez-vous tous les matins et ne vous reprenez pas dans la journée---P. François Picard///////Il y a toujours à supporter, et tout le monde fait supporter. Il faut savoir se supporter mutuellement avec beaucoup de bonté, de patience, mais en même temps d'austérité de langage, avec l'affection des personnes données à Dieu---------- Je voudrai que pour nous prière et acte d’amour fussent synonymes----Mère Isabelle

De beaux textes et prières à Joseph, père adoptif de Jésus

Tout comme le samedi est dédié à la Vierge Marie, le mercredi est le jour consacré à saint Joseph. En cette année qui met à l’honneur le père adoptif de Jésus, nous proposons des méditations écrites par des grands maîtres spirituels.

Bossuet

« Si donc saint Joseph n’est pas père, comment aura-t-il un amour de père? C’est ici qu’il nous faut entendre que la puissance divine agit en cette œuvre. C’est par un effet de cette puissance que saint Joseph a un cœur de père; et si la nature ne le donne pas, Dieu lui en fait un de sa propre main. Car c’est de lui dont il est écrit qu’il tourne où il lui plaît les inclinations. Pour l’entendre il faut remarquer une belle théologie que le Psalmiste nous a enseignée, lorsqu’il dit que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes : Qui finxit singillatim corda eorum (« Lui qui forme le cœur de chacun » Ps 32, 15). Ne vous persuadez pas, chrétiens, que David regarde le cœur comme un simple organe du corps, que Dieu forme par sa puissance comme toutes les autres parties qui composent l’homme. Il veut dire quelque chose de singulier: il considère le cœur en ce lieu comme principe de l’inclination; et il le regarde dans les mains de Dieu comme une terre molle et humide, qui cède et qui obéit aux mains du potier et reçoit de lui sa figure. C’est ainsi, nous dit le Psalmiste, que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes.

C’est donc cette même main qui forme en particulier tous les cœurs des hommes, qui fait un cœur de père en Joseph et un cœur de fils en Jésus. C’est pourquoi Jésus obéit, et Joseph ne craint pas de lui commander. Et d’où lui vient cette hardiesse de commander à son Créateur? C’est que le vrai Père de Jésus-Christ, ce Dieu qui l’engendre dans l’éternité, ayant choisi le divin Joseph pour servir de père au milieu des temps à son Fils unique, a fait en quelque sorte couler en son sein quelque rayon ou quelque étincelle de cet amour infini qu’il a pour son Fils: c’est ce qui lui change le cœur, c’est ce qui lui donne un amour de père; si bien que le juste Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel formé tout à coup par la main de Dieu, sent aussi que Dieu lui ordonne d’user d’une autorité paternelle; et il ose bien commander à celui qu’il reconnaît pour son maître. »

Paul Claudel

C’était à la fois un ouvrier et un gentilhomme. Il était hilare et silencieux, avec un grand nez noble, des bras musculeux et des mains dont un doigt était souvent enveloppé d’un linge comme il arrive à ceux qui travaillent le bois. Il n’était pas ami des gens de Nazareth, comme ne le sont guère ceux qui suivent une vocation singulière. Et quelle plus singulière que la virginité pour un homme, à cette époque surtout ? Pourquoi l’avait-il adoptée ? Qu’il devait être patient et fort contre l’ennui, comme le soleil qui chaque matin recommence sans s’ennuyer la même route.

Joseph est le patron de la vie cachée. L’Ecriture ne rapporte pas de lui un seul mot. C’est le silence qui est père du Verbe. Que de contrastes chez lui ! Il est le patron des célibataires et celui des pères de famille, celui des laïcs et celui des contemplatifs ! celui des prêtres et celui des hommes d’affaires. Car Joseph était charpentier. Il était obligé de discuter avec les clients et de signer de petits contrats, de poursuivre les débiteurs récalcitrants, de plaider, de compromettre, d’acheter ses fournitures au meilleur compte en réfléchissant sur les occasions, etc.

Que ses derniers jours de faiblesse durent être touchants entre Jésus et Marie quand déjà il ne pouvait plus travailler ! Je vois le cocher d’une de ces belles dames qui allaient aux eaux de Tibériade s’arrêtant chez le charpentier malade pour faire réparer la voiture. C’est Jésus lui-même qui s’en charge et qui lui prend l’outil des mains. Tout cela se passe sans un mot au plus profond de cet Empire Romain plein d’orgueil et de crimes, comme notre civilisation actuelle. Ce n’est ni César, ni Platon.

Il n’y a ici que trois pauvres gens qui s’aiment et c’est eux qui vont changer la face du monde. »

Sainte Thérèse dʼAvila

Je pris pour avocat et maître le glorieux saint Joseph et je me recommandai beaucoup à lui. Je n’ai pas souvenir, jusqu’à ce jour, de l’avoir jamais supplié de m’accorder quelque chose qu’il m’ait refusé. Les grandes faveurs que Dieu m’a faites par l’intermédiaire de ce bienheureux saint sont chose stupéfiante, ainsi que les périls dont il m’a sauvegardée, corps et âme ; il semblerait que le Seigneur a donné à d’autres saints le pouvoir de nous secourir dans certains cas, mais l’expérience m’a prouvé que ce glorieux saint nous secourt en toutes circonstances ; le Seigneur veut ainsi nous faire entendre que de même qu’il fut soumis sur terre à celui qu’on appelait son père, qui était son père nourricier, et qui à ce titre pouvait lui commander, il fait encore au Ciel tout ce qu’il lui demande.

D’autres personnes à qui j’ai conseillé de se recommander à lui ont fait, elles aussi, la même expérience ; et encore aujourd’hui nombreux sont ceux dont la ferveur à son égard est renouvelée par l’expérience de cette vérité. Je demande seulement, pour l’amour de Dieu, à ceux qui ne me croient pas d’en faire l’épreuve ; l’expérience leur montrera combien il est bienfaisant de se confier à ce glorieux patriarche et d’avoir de la dévotion pour lui.

Saint Jean Eudes

Après Dieu, saint Joseph est le premier objet de l’amour de sa très sainte épouse et il a la première place dans son cœur ; car Marie étant tout à Joseph, comme l’épouse est à son époux, le cœur de Marie était à Joseph. Non seulement il était à lui, mais sʼil est dit des premiers chrétiens quʼils nʼavaient quʼun cœur et quʼune âme, combien davantage peut-on dire de la bienheureuse Vierge et de son saint époux quʼils nʼavaient quʼune âme et quʼun cœur par un lien sacré dʼamour et de charité.

Il est donc clair que Joseph nʼa quʼun cœur avec Marie, en suite de quoi nous pouvons dire que Marie nʼayant quʼun cœur avec Jésus, Joseph, par conséquent, nʼa quʼun cœur avec Jésus et Marie. De sorte que, comme dans la Trinité adorable du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il y a trois Personnes qui nʼont quʼun cœur, ainsi dans la Trinité de Jésus, Marie, Joseph, il y a trois cœurs qui ne sont quʼun Cœur.

Ô grand saint Joseph, nous vous offrons nos cœurs ; unissez-les avec le vôtre et avec celui de Jésus et de Marie, les priant de faire en sorte que cette union soit inviolable et éternelle.

Francis Jammes

« Vous m’êtes témoin, ô Saint Joseph ! Que les seules vraies joies que j’ai goûtées, c’est dans l’ombre quand je me sens avec vous. Lorsque l’on est privé d’honneurs, combien il est doux d’aimer son métier, de se dire que l’on travaille sur votre établi et que notre famille contemple notre œuvre du moins avec l’œil bienveillant de la foi !

Qu’Ils en ont vu, Jésus et Marie, d’hommes qui vous tenaient pour peu de chose, qui dressaient en face de votre boutique aux meubles simples et honnêtes leur art décoratif ! Ce n’est pas chez vous qu’un Pilate eût commandé son lavabo, Hérode son lit, César sa chaise. Ils s’adressaient aux fournisseurs officiels qui en recevaient de la gloire.

Mais vous, Patron bien-aimé, vous avez déposé dans le cœur des ouvriers de bonne volonté, à qui ne vont point les faveurs des puissants de ce monde, cette graine cachée qui s’appelle l’amour et qui ne se vend ni ne s’achète. Cette graine, vous la faites tant fructifier en moi, et embaumer, que ma bouche ne sait vous dire mon allégresse. Donnez-moi l’ombre, sinon mon amour est mort. »