Présence contemplative au cœur du monde
Rien n’est bon comme le détachement de soi-même, rien n’est déplorable comme la paresse spirituelle, j’en sais quelque chose---------Offrez-vous tous les matins et ne vous reprenez pas dans la journée---P. François Picard///////Il y a toujours à supporter, et tout le monde fait supporter. Il faut savoir se supporter mutuellement avec beaucoup de bonté, de patience, mais en même temps d'austérité de langage, avec l'affection des personnes données à Dieu---------- Je voudrai que pour nous prière et acte d’amour fussent synonymes----Mère Isabelle

P. Picard, héritier fondateur

Aujourd’hui 16 avril, nous commémorons l’anniversaire de la naissance au ciel de notre fondateur, le Père François Picard, assomptionniste. Le texte choisi pour cet anniversaire est celui où le Père Jean-Paul Périer-Muzet, assomptionniste, le présente comme héritier fondateur. Que par son zèle, son courage, sa foi et sa détermination nous obtenions un amour ardent pour le Règne de Dieu en nous et autour de nous.

François Picard est né le 1er octobre 1831 à Saint-Gervasy (Gard), près de Nîmes. Il commence ses études dans une pension de Nîmes et les continue à partir d’octobre 1844 au collège de l’Assomption dirigé par le P. d’Alzon. Bachelier en 1850, il entre au noviciat, tout en exerçant les fonctions de surveillant.

Profès annuel à Noël 1851, il prononce ses vœux perpétuels entre les mains du P. d’Alzon à Noël 1852. Il est envoyé à Rome pour faire ses études de théologie (1855-1857). Il y est ordonné prêtre le 25 mai 1856.

A partir de 1857, il connaît la vie itinérante de la première Assomption en voie d’organisation: maître des novices à Auteuil (Paris) et aumônier des Religieuses de l’Assomption, directeur et supérieur du petit groupe d’Assomptionnistes à Rethel (Ardennes) en 1858.

En mai 1862, avec quelques religieux, il s’installe dans la nouvelle communauté de la rue François Ier à Paris. Sous son impulsion, la petite chapelle devient un centre actif de rayonnement spirituel: retraites, prédications, associations de prières surtout à partir de 1871. Aumônier volontaire sur les champs de bataille autour de la capitale, il figure sur la liste des proscrits de la Commune.

Premier assistant général après le P. Henri  Brun, de 1861 à 1880, il devient une figure publique de l’Assomption à partir de 1871   en conduisant des pèlerinages (la Salette 1872, Lourdes 1873), en lançant des  mouvements de prières collectives (Notre-Dame de Salut) et en fondant l’Association du même nom, le 24 janvier 1872. A la mort du P. d’Alzon, déjà vicaire général, il est élu supérieur général le 25 novembre 1880 à Nîmes.

C’est lui qui donne à la Congrégation son véritable développement, en engrangeant les bénéfices de la formule de recrutement des alumnats, en touchant les masses et l’opinion publique par des actions de grande envergure (pèlerinage national à Lourdes, pèlerinages à Rome et à Jérusalem, 1882), en participant aux Congrès eucharistiques, en lançant le quotidien La Croix (16 juin 1883) avec l’aide du P. Vincent de Paul Bailly et en faisant de la Bonne Presse un véritable arsenal journalistique qui cherche à atteindre tous les milieux par une grande diversité de titres (30 en 25 ans).

L’intention déclarée est de rassembler les catholiques tout en gardant une neutralité politique, en se tenant sur le seul terrain religieux pour défendre les intérêts de l’Eglise entendue du point de vue romain. De santé souvent chancelante, mais vigoureux d’esprit et de tempérament, très actif, excellent organisateur et entraîneur, d’une grande facilité dans le contact et les relations, le P. Picard est l’homme de la situation quand éclate la première alerte de dispersion des religieux enseignants en 1880.

Le noviciat part en Espagne, des religieux sont envoyés au Chili (1890), la mission d’Orient est renforcée et les directives de Léon XIII sur les questions orientales fortement appuyées. Il fait siens les principes du pape sur l’unité des chrétiens, encourage les religieux à apprendre les langues, à étudier la liturgie, la théologie et l’histoire orientales.

En octobre 1897, Louis Petit lance la revue des Echos d’Orient. L’Assomption, petite famille, devient un vrai corps social. En vingt ans, le nombre de religieux sextuple: 151 en 1886, 181 en 1892, 380 en 1898. Chaque année, plusieurs fondations de communautés et d’Oeuvres sont enregistrées, surtout en Orient (Bulgarie, Turquie d’Europe et d’Asie). Le P. Brun est envoyé à New-York (1891), une mission en Louisiane. Après la dissolution de la Congrégation par l’Etat français en 1900, le mouvement à l’étranger est encouragé: Belgique où l’Assomption est implantée depuis 1891, Hollande, Angleterre.

De cette impulsion naît peu à peu, après le temps d’une Assomption française à l’étranger, une véritable Assomption internationale. Après les expulsions, le P. Picard séjourne souvent en Belgique, visite les missions    d’Orient et s’arrête parfois à Paris. En France, le P. Picard favorise une    sécularisation fictive qui permet la survie de quelques Oeuvres. L’industriel lillois Féron-Vrau prend en charge la Bonne Presse, le P. Vincent de Paul Bailly est éloigné,   mais d’autres religieux sécularisés prennent le relais pour l’orientation doctrinale des titres les plus marquants.

L’Assomption est typée pour longtemps dans ses activités apostoliques, mais elle est victime aussi de ses succès et parfois de ses excès: l’esprit offensif de ces religieux ‘moines-apôtres’, l’allure anti-républicaine et conservatrice des positions de La Croix, notamment au cours de l’Affaire Dreyfus, l’hostilité du pouvoir politique, radical, anticlérical, aiguillonné par la franc-maçonnerie, n’évitent pas à l’Assomption les honneurs d’un procès public (Procès des Douze), la condamnation, la dissolution et finalement l’exil.

Encore qu’il soit difficile de croire ou de faire croire que 300 religieux mettent en péril la République, Léon XIII sacrifie les Congrégations en France, dans ce contexte de passions politico-religieuses, pour protéger les derniers avantages du Concordat napoléonien, emporté après en 1905.

Comme supérieur religieux, le P. Picard insiste sur la formation des religieux par la prière, la pauvreté et les études. Le 8 décembre 1896, avec Isabelle de Clermont-Tonnerre, comtesse d’Ursel, il fonde les Orantes de l’Assomption. 

Il encourage la parution de la Revue Augustinienne (Louvain, 1902). Il est moins heureux avec les Oblates, provoquant en 1882 une fracture dans la vie et l’histoire de cette Congrégation-Soeur qu’il recrée en branche autonome, à Paris, avec l’aide des Mères Franck et de Mère Marie du Christ de Mauvise. Homme d’autorité, d’un esprit surnaturel sans ombre et sans faiblesse, il porte avec courage et énergie le poids de sa charge dans tous les aléas du temps, ne voulant transiger en rien avec les principes reçus ou forgés en sa jeunesse, cependant très ouvert aux besoins et aux institutions nouvelles qu’il encourage fortement.

Il meurt épuisé à Rome, le 16 avril 1903, à l’âge de 72 ans.

Ses restes, d’abord inhumés au Campo Verano, sont transférés ensuite à Sceaux en 1956, au monastère des Orantes, puis à Bonnelles en 1971. La cause du. P. Picard a été introduite en 1959.

Ce texte provient de : P. Jean-Paul Périer-Muzet, Notices biographiques des religieux de l’Assomption, 1850-2000, Tome premier, lettres N-Z, pp. 2451 & 2452.

Voir: http://www.assomption.org/fr/qui-sommes-nous/notre-histoire-1/portraits-d-assomptionnistes/francois-picard-assomptionniste-au-coeur-des-masses#sthash.nJA1ZgnE.dpuf